Categories

Most Popular

(Opinion) La polémique autour des 5 millions FCFA pour le vainqueur de la D1 au Togo est-elle justifiée?

La saison 2020-2021 du championnat national de football de première division s’est achevée le Dimanche 27 juin 2021 dernier avec le sacre d’ASKO de Kara. Les jaunes et noirs sont repartis avec un chèque de 5 millions de FCFA, son dauphin l’ASCK avec 3 millions de F CFA et l’AS OTR 3ème s’est vue offrir une enveloppe de 2 millions de FCFA, des sommes qui scandalisent le public sportif togolais. À tort ou à raison ? Essayons de décrypter tout cela.

Pour près de 30 millions de FCFA dépensés pour salaires, déplacements ou encore hébergement et restauration entre autres, le club vainqueur du championnat ne reçoit comme récompense qu’un trophée et un chèque de 5 millions de FCFA. Cette somme fait réagir le public sportif togolais qui est stupéfait devant un montant jugé « insultant» par certains observateurs. D’aucuns mentionnent pour expliquer leur stupeur, le salaire mirobolant de l’ancien sélectionneur des éperviers Claude Leroy qui ne touchait pas moins de 25 millions de Francs CFA par mois ou encore les récompenses de MISS Togo. En effet, la dernière Miss Togo (2019) a remporté une voiture NISSAN d’une valeur de 14 millions de FCFA, une enveloppe de 5 millions de FCFA octroyée par les partenaires, ou encore la bagatelle de 125 millions de FCFA pour financer son projet. Pourquoi le vainqueur du championnat national de football de première division se retrouve avec 5 millions de FCFA ? Pourquoi le championnat national manque-t-il de partenaires ? Et si nous faisions une petite enquête !?

 

Pourquoi notre championnat de football manque-t-il de sponsors ?

Le sponsoring peut s’avérer redoutable dans la stratégie de communication d’une entreprise. Le succès de cette opération marketing s’appuie sur son efficacité et son accessibilité, mais pas seulement :

  • Bénéficier d’une meilleure visibilité
  • Améliorer l’image de sa marque 
  • Accroitre sa notoriété
  • Acquérir de nouveaux clients en interagissant avec les supporters par exemple

Ainsi, dans le domaine du football, l’intérêt d’un annonceur est de profiter de la puissance médiatique de ce sport : son nom ou son logo pourrait passer à la télévision, s’afficher dans la presse et de plus en plus en ligne avec les réseaux sociaux, sans oublier les panneaux sur le bord des terrains, lors des interviews ou sur ses sites Web et comptes sociaux. Or au Togo, le championnat national de football n’est pas médiatisé. Ces dernières années, rares sont les matches du championnat togolais qui ont été diffusés soient sur les chaînes locales, soient sur les réseaux sociaux. Comment les éventuels sponsors pourraient-ils augmenter leur visibilité ??

En affichant son nom et son logo sur les maillots de certains clubs, un annonceur peut gagner énormément en visibilité, surtout si les clubs sponsorisés vont représenter le pays dans des compétitions internationales par exemple. Or, quel est le niveau réel de nos clubs de première division ? Seul l’AS TOGO Port a réussi à ce jour à se qualifier pour les phases de poule de la ligue des champions lors de la saison 2017-2018.

Lire aussi  D2 Togo : résultats, stats, classements, tout savoir sur la 8ème journée

Au-delà d’une visibilité sans cesse croissante grâce à la globalisation de la discipline, les clubs de football ont beaucoup plus à offrir à leurs partenaires que de simples espaces de sponsoring. Devenus des « love brands » capables d’influencer le comportement d’achat de plusieurs centaines de millions de fans pour les plus puissants d’entre eux, les clubs de football se doivent désormais de transformer leurs relations avec leurs principaux partenaires en devenant de véritables partenaires commerciaux. Une transformation qui passe notamment par la mise en place de campagnes d’activation marketing permettant aux partenaires d’interagir directement avec les communautés de fans, en apportant une véritable valeur ajoutée.

Dans notre cher pays, les clubs disposent-ils de groupes de supporters ? Les clubs ont-ils une base de données de leurs supporters ? Comment d’éventuels partenaires pourront-ils toucher les fans des différents clubs??

 

La comparaison avec MISS Togo

En faisant cette comparaison, nous devons nous poser les bonnes questions. Les cadeaux reçus par les miss proviennent ils du comité d’organisation ? NON ! Ces récompenses viennent plus des sponsors. La question qu’on doit se poser, c’est pourquoi les sponsors préfèrent-ils sponsoriser les miss plutôt que le championnat national de football ?

  • Le premier élément de réponse est assez intuitif. La majorité des personnes qui critiquent ce concours, sont les premiers à regarder ce concours à la télévision. La cérémonie est suivie sur toute l’étendue du territoire, ce qui offre aux partenaires une énorme visibilité. Comme souligné plus haut, le championnat national est à peine diffusé…
  • MISS Togo est la « vitrine de la culture togolaise ». Elle voyage à l’extérieur du pays en faisant la promotion des partenaires… La question qu’il faut se poser, c’est, est-ce-que les clubs togolais sont assez performants pour se qualifier pour les compétitions continentales ??
  • Le rôle d’une miss ne s’arrête pas aux défilés et aux simples sourires : c’est avoir un grand cœur, aider les associations, prendre la parole en public, organiser des spectacles, et participer à la vie sociale et culturelle… Plusieurs entreprises sont prêtes à soutenir ce genre d’initiatives ! Est-ce qu’elles le sont autant pour soutenir des joueurs qui n’ont peut-être même pas dépassé le collège ? 

 

Les approches de solution

Pour certains présidents de clubs, la prime du vainqueur peut constituer un moyen de motivation pour les clubs.

Un manager ayant requis l’anonymat suggère :

Si l’on fixe la prime du vainqueur à un milliard de FCFA, beaucoup de clubs vont enfin se professionnaliser pour gagner la cagnotte. La mutation en société sera effective. Beaucoup ouvriront leur capital à des actionnaires. Les joueurs seraient payés pour certains à plus d’un million de FCFA. Leurs familles, leurs amis, viendraient grossir les rangs des spectateurs. Ce qui fera plus des recettes à la FTF qui devra à l’occasion renforcer ses stratégies de communication et de marketing. Tant que les responsables de clubs ne voient pas d’enjeux, ils continueront à gérer “leurs épiceries”

 

Lire aussi  Togo : l'épouse de Paul Missiagbéto plaide pour la libération de son mari

Un spécialiste du marketing sportif est formel :

C’est à l’État d’impulser… financer le football comme secteur économique. Y investir conséquemment aura un impact sur la structuration de l’écosystème capable à terme d’attirer les investissements étrangers, dans des secteurs comme les médias, l’ingénierie événementielle ou la publicité. Le retour en termes d’impôts, entrée de devises et d’emplois est indéniable.

 

Un observateur aguerri du football togolais pense précisément que :

Le gouvernement peut décider d’investir 10 milliards de FCFA sur les clubs en cinq ans, sur la base d’un cahier de charges clair et précis. Il s’agira de répartir deux milliards de FCFA chaque année aux équipes de D1 et de D2. Au bout de cinq ans, cet argent relèvera le niveau de management des clubs et les conditions de vies des footballeurs. Avec les stades new-look grâce au programme FIFA FORWARD (pose de pelouse synthétique notamment), on pourrait recruter de très bons joueurs du continent et être certain à terme de participer plus souvent aux phases de groupe des coupes africaines.

 

Somme toute, le public sportif togolais a en partie raison de s’offusquer face “aux miettes” reçues par le vainqueur du championnat national de football de 1ère division. Que dire des acteurs eux-mêmes qui se sont donnés à fond tout au long de cette saison 2020-2021. Il faut cependant comprendre que le problème est beaucoup plus complexe que l’on ne pense. Il ne suffit pas de faire des comparaisons avec d’autres pays ou encore avec d’autres événements du pays…

Le championnat national de football a connu ces dernières années des hauts et des bas. Cette saison, le public sportif a pu assister à quelques matches grâce à la page Facebook officiel de la Fédération ou encore à des chaînes de télévision comme New World TV ou encore TLS Africa. Toutes les rencontres se sont disputées sur des pelouses synthétiques ou gazonnées, contrairement aux années précédentes. Tout cela pour dire que les choses commencent à changer dans le bon sens. Restons positifs et espérons que les saisons à venir, les choses pourront encore plus s’améliorer, espérons que des sponsors frapperont aux portes de notre football et que l’État également pourra apporter sa petite pierre à l’édifice pour la résurrection du football togolais, qui passionne autant les Togolais…

Forgot Password