Categories

Most Popular

Haïti : enlèvements, arrestations arbitraires, assassinat du président, les prémices d’une situation prévisible

Ce 7 juillet 2021, le monde apprenait avec stupeur l’assassinat du Président Haïtien Jovenel Moïse et de sa femme par un commando armé dans leur résidence privée. En attendant de plus amples informations, il nous a paru important de vous expliquer en quoi cette situation était quasiment prévisible.

En effet, depuis des mois, voire des années, la situation à Haïti est très délétère et ne tient qu’à un fil. Fil qui a probablement rompu en ce 7 juillet avec cet assassinat effroyable. Retour sur les prémices de ce drame.

Haïti et la crise politique

Depuis l’arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse, en 2017, la situation économique du pays s’est aggravée, la corruption s’est généralisée, la violence et la répression ont envahi les quartiers populaires, en particulier les kidnappings et les répressions de toutes sortes ont jeté un voile de terreur sur le pays dans son ensemble.

Les accusations de complot contre la personne du président ou contre la sûreté intérieure de l’Etat pour justifier des arrestations arbitraires et intimider la population sont légion. Ceux et celles qui sont nés ou ont grandi pendant les années du régime des Duvalier [1957-1986] ont reconnu cette manœuvre pour ce qu’elle est : une tentative grotesque de justifier l’arbitraire par un régime qui ne peut gérer que par la violence et la répression.

Haïti

 

Par ailleurs, le pays ne dispose plus de Parlement fonctionnel depuis janvier 2020. Les deux tiers des sénateurs ont été révoqués au cours des derniers mois par Jovenel Moïse. Le président gouverne depuis par décrets. Cette situation alimente la défiance croissante de la population haïtienne envers les élites du pays. Minés par la pauvreté et sous la menace quotidienne des gangs, la plupart des Haïtiens suivent avec attention cette guerre politique en haut lieu. Quelques centaines de jeunes de l’opposition sont descendus ces derniers jours dans les rues pour réclamer le départ du président.

Lire aussi  Covid-19 : 200 décès désormais enregistrés au Togo

Des arrestations inopinées

Il y a quelques mois que le gouvernement de Jovenel Moïse, jugé inconstitutionnel par l’opposition haïtienne et par la plus haute instance judiciaire du pays, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), a arrêté 23 citoyens et citoyennes sous prétexte de « tentative de coup d’Etat ». L’arrestation elle-même, le 7 février, s’est faite dans des conditions reflétant le caractère arbitraire et répressif de ce régime massivement rejeté par la population : aux environs de 2 heures du matin et au grand mépris de la procédure. Les photos des détenus en pyjama, parmi lesquels un juge de la Cour de cassation, malmené par les sbires du régime, ont circulé sur les réseaux sociaux.

Haïti : enlèvements, arrestations arbitraires, assassinat du président, les prémices d'une situation prévisible 7

Bien avant le 7 février 2021, date à laquelle son mandat a pris fin constitutionnellement, Jovenel Moïse avait commencé à afficher des tendances dictatorialesLes massacres dans les quartiers populaires pour réprimer les velléités de protestations et de revendications, les arrêtés et décrets anticonstitutionnels, les révocations et nominations intempestives, les attaques contre les journalistes, entre autres, montraient déjà la pente suivie par le régime issu du Parti PHTK [Parti haïtien Tèt Kale, de l’ancien président Michel Martelly].

Les violences faites aux femmes

Depuis juillet 2018, le pays vit une crise politique ayant une influence sur la situation de sécurité des femmes et mettant leur vie en danger.

« Les gens ont peur de partir en voiture pour aller faire leurs courses parce qu’ils peuvent risquer un kidnapping par des bandits qui sont hors de contrôle à l’heure actuelle, indique une citoyenne. La sécurité pour les femmes est toujours moindre. La violence est assez générale. C’est un sous-produit d’une situation qui est insécuritaire. »

Haïti

 

Lire aussi  Togo/Politique : le parti NET de Gerry Taama recadre l'ANC de Jean-Pierre Fabre

Selon elle, la violence domestique, la violence sexuelle et l’insécurité pour les femmes sont présentes partout, mais à différents degrés et moments.

Des millions d’Haïtiens dans le besoin

L’année 2020 a été marquée par la pandémie de Covid-19, le passage de la tempête tropicale Laura et des événements sociopolitiques. Elle a également été marquée par de nombreux actes de violence qui se sont multipliés au cours du second semestre de l’année. Dans un contexte fragilisé par les tensions des deux années précédentes, ces événements ont contribué à une nouvelle détérioration de la situation économique du pays, réduisant le pouvoir d’achat d’une grande partie de la population et augmentant la vulnérabilité d’un grand nombre d’haïtiens.

L’analyse des besoins humanitaires en Haïti a révélé que plus de 4,4 millions d’Haïtiens [300,000 de plus que l’année précédente] soit près de 40% de la population, seront en situation d’insécurité alimentaire et 3,5 millions d’entre eux présenteront des vulnérabilités multidimensionnelles et auront besoin d’une assistance humanitaire.

Des policiers assassinés en mars

Dans la journée du 12 mars 2021, 4 policiers ont trouvé la mort dans des affrontements au Village de Dieu. L’ambassade de France avait par ailleurs exigé que les auteurs de ces crimes soient poursuivis en justice.

Ce climat de tension laissait donc déjà présager le pire. Sans avancée concrète, le pays allait clairement vers une situation plus grave encore. Et c’est ce qui est arrivé avec l’assassinat du Président Jovenel ce 7 juillet 2021. Reste à savoir comment la situation sera stabilisée actuellement.

Avec Gnadoe Magazine

Forgot Password